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Contraception (Revue Nexus No 73, Mars-Avril 2011)

 

Contraception : la pilule est amère
Nexus No 73, Mars-Avril 2011, p. 46-49
Par Hélène Hodac

La pilule, libération ou bombe à retardement? Quarante ans après sa mise sur le marché, son usage est tellement banalisé qu’on en oublie les risques dus à une prise prolongée : cancers du sein, du col utérin, du foie, accidents vasculaires… Un nouveau scandale sanitaire en perspective?


Même s’il apparaît presque impossible aujourd’hui de bannir les pilules contraceptives, qu’au moins la vérité soit dite. Qu’au moins, les choix des très jeunes femmes qui décident de les utiliser ne soient pas faits dans l’ignorance. » Ainsi s’exprime le professeur Lucien Israël, en 1980, dans la préface du livre d’Ellen Grant, Amère pilule. « S’agissant d’autres domaines de la médecine, poursuit-il, il est vraisemblable que des produits entraînant de telles conséquences n’auraient jamais reçu l’autorisation de mise sur le marché. »

« Quel journal, quels journaux oseront reprendre les termes du Pr Israël? » questionne aujourd’hui Bérengère Arnal, gynécologue obstétricienne, responsable du diplôme universitaire de phytothérapie à la faculté de médecine de Paris XIII.

Il ne s’agit là ni de fantaisistes, ni de médecins rétrogrades anti-féministes ou anti-chimie. Lucien Israël fait partie des grands noms de la cancérologie et Ellen Grant n’est rien de moins que l’un des chercheurs à l’origine de la conception, il y a maintenant presque quarante ans, de la pilule oestro-progestative.

Ce sont des praticiens qui prônent la prévention du cancer du sein et des maladies cardio-vasculaires en connaissance de cause. Car le problème est bien là : la prise d’oestro-progestatif impacte la santé sur le long terme. Les effets sont à la fois dose-dépendants et cumulatifs avec les xénobiotiques[1] de l’environnement.

Acte féministe?

Quel paradoxe! On interdit le bœuf aux hormones dans nos assiettes, mais on laisse les jeunes femmes avaler de la pilule aux oestrogènes (et aux progestatifs) comme de la fraise Tagada.

Simone de Beauvoir prendrait-elle la pilule aujourd’hui?

Simone de Beauvoir prendrait-elle la pilule aujourd’hui? Peut-on encore parler d’un acte féministe? Le combat pour la liberté sexuelle est loin. Certaines la « consomment » pour avoir moins de boutons, d’autres pour limiter le syndrome prémenstruel, pour réguler le poids, voir pour ne plus avoir leurs règles… La pilule s’est tellement banalisée que bon nombre de médecins (pas tous, heureusement!) la délivrent sans interrogatoire poussé ni mise en garde particulière… Même aux fumeuses dont le risque cardio-vasculaire est pourtant conséquemment augmenté.

1/3 des femmes concernées

La pilule est devenue un produit de confort, soutenue par un marketing qui donne des noms sympathiques aux hormones (Diane, Jasminelle, Mélodia, Leeloo…). Elle est « mini[2] », « micro », de synthèse naturelle… L’objectif : donner l’impression que le produit est anodin pour séduire le plus grand nombre. Et ça marche! En France, la pilule est de loin le premier moyen de contraception. Il concerne 1/3 des femmes (20-49 ans), soit 58% des femmes qui font le choix d’une contraception[3]. Il est adopté préférentiellement par les femmes jeunes, voire très jeunes. C’est le « médicament » privilégié des femmes en bonne santé, de celle qui ont la « maladie » de la fécondité. Un comble, lorsqu’on sait qu’elle rend parfois très malade. Encore faut-il le savoir…

Poulettes aux hormones

Se pourrait-il que les enjeux économiques empêchent un débat serein sur la question des hormones de la pilule? Car avant d’être amère, elle est lucrative, la pilule. Il faut la prendre tous les jours. Même pas besoin de patient malade. Le cœur de cible? Peu ou prou, toutes les femmes de 15 à 49 ans du monde entier, un sacré marché de « poulettes » aux hormones. Avec un fort potentiel de développement.

En effet, dans le monde, l’utilisation de la contraception orale n’est le fait que de 8% des femmes. Elle atteint surtout des taux records en Europe avec en tête l’Allemagne et la France (50 à 60% des femmes qui recourent à une contraception) et un petit 20% aux États-Unis. Pour la Chine, seules 1% des femmes seraient concernées, pour l’instant.

Une prospective qui rime surtout avec dollar et qui vaut bien que Bayer, le leader de la pilule, se décarcasse en innovation et en communication. En 2009, grâce à ces nouvelles pilules microdosées, Yaz (disponible en France depuis janvier 2009, et 2006 aux États-Unis) et Yasmin (en France, Jasmine et Jasminelle), l’entreprise a généré 1,7 milliard de dollars[4].

Teva, le leader mondial des génériques, n’est pas en reste. Il s’est fixé comme objectif d’atteindre 1 milliard de dollars avec les ventes de pilules contraceptives, soit une croissance de 650 millions sur trois ans.

Incidents indésirables

Toutefois, les profits semblent ralentis en raison d’un rapport de la FDA signalant à la fois des « incidents » indésirables et une communication tendancieuse sur cette nouvelle génération de pilules. Le progestatif tout nouveau tout beau de ces spécialités, la drospirénone, qui possède un léger effet diurétique, permet à Bayer d’entretenir l’ambiguïté sur l’effet « amaigrissant » de sa microdosée. Au pays du surpoids, l’offre est alléchante : la pilule « deux en un » fait recette, mais coûte gros en matière de santé. À tel point que les procès outre-Atlantiques se multiplient, affectent les ventes et le capital confiance.


Au pays du surpoids, l’offre est alléchante : la pilule « deux en un » fait recette, mais coûte gros en matière de santé.

Au Canada, un collectif de femmes a assigné Bayer en justice en mars 2010. Elles réclament des dommages et intérêts au motif que ces pilules contraceptives ne sont pas distribuées avec une information suffisante quant aux risques de santé qu’elles font courir à leurs utilisatrices. La firme juridique canadienne Siskinds LLP a recueilli des éléments montrant que lesdites pilules microdosées entraîneraient des ostéoporoses, des embolies pulmonaires, des infarctus et des troubles affectant la vésicule biliaire ayant nécessité une chirurgie. Seraient recensés 25,000 cas de femmes présentant des troubles graves et plusieurs cas mortel documentés.

Bayer est notamment accusé d’avoir minimisé ces problèmes et d’avoir insuffisamment testé les pilules contenant de la drospirénone.

En Europe, seule l’agence suisse de contrôle de sécurité des médicaments, Swissmedic, a souligné les effets secondaires potentiellement dangereux de Yaz et de Yasmin, à la suite de la mort d’une jeune femme et du handicap permanent d’une autre pour cause d’embolie.

On ne peut que s’étonner du manque de réactivité des instances de santé : dès 2003, le très respecté British Medical Journal[5] révélait déjà que Jasmine, contenant cette même drospirénone, commercialisée depuis 2000, prescrite à quelque 500,000 femmes en Europe, était à l’origine de 40 cas de phlébites (dont deux mortelles) chez les utilisatrices de cette pilule combinée.


Bayer est notamment accusé d’avoir minimisé ces problèmes et d’avoir insuffisamment testé les pilules contenant de la drospirénone.


Naturelle, vraiment?

Le business n’attend pas, Bayer contre-attaque avec la mise sur le marché début 2010 d’une nouvelle pilule encore plus révolutionnaire : Qlaira, « La première pilule contraceptive naturelle », peut-on lire sur le site de Bayer Schering pharma.

L’éthinylestradiol (EE), l’œstrogène de synthèse habituellement utilisée, a été remplacé par du valérate d’oestradiol. « Il découle, après plusieurs stades de fabrication, d’une molécule végétale, le stérol, présent par exemple dans les betteraves, le soja ou le bois », explique Joseph Sopka[6], de Bayer Suisse SA. « Il s’agit d’une hémisynthèse, rétorque le Dr Bérengère Arnal, comme c’est le cas depuis toujours pour tous les oestrogènes et progestatifs des pilules et des THM! » donc, rien de très nouveau côté fabrication pour qui s’y connaît un peu en hémisynthèse. Aussi l’argument phare, mis en avant par les délégués médicaux, est-il surtout centré sur la structure du valérate d’oestradiol qui – nous dit-on – est identique à celle de l’hormone féminine. Faut-il croire sur parole? Est-ce mieux? A-t-on le recul nécessaire pour clamer que les risques sont moindres? Que sait-on sur le progestatif associé, le Diénogest, qui possède des effets anti-androgéniques (lire « Les progestatifs de synthèse sont cancérigènes »)?

À ce titre, il est intéressant de lire la notice de Qlaira et son impressionnante liste de contre-indications pour s’assurer que le fabricant ne paraît pas lui non plus tout à fait certain de la parfaite innocuité de son produit, presque bio.

Avantages mirifiques

Souvenons-nous : un lancement de produit est toujours assorti d’avantages mirifiques. Il y a moins de dix ans, lorsque la drospirénone (contenu dans Yaz et Yasmine : voir plus haut) a été mise sur le marché, c’était aussi l’argument de vente : un progestatif de synthèse qui se rapprochait de la progestérone naturelle, dotée en prime de propriétés spécifiques très avantageuses. Une étude[7] packagée sur mesure pour le lancement du produit, montrait ainsi que ce contraceptif atténuait les manifestations physiques et physiologiques des troubles dysphoriques prémenstruels (TDPM), améliorait significativement la productivité, les relations sociales, les activités sociales et l’humeur chez 51% des patientes traitées, versus 31% sous placébo (sic). L’usage sur le terrain n’a par la suite pas confirmé les bénéfices attendus de cette progestérone presque « naturelle ». Dans la réalité, elle a surtout provoqué embolies, crises cardiaques et atteintes de la vésicule biliaire, fait nouveau dans le cas des contraceptions orales.

Les anciennes pilules font courir un risque certain, bien défini, aux femmes qui les utilisent, tandis que les nouvelles formulations présentent un certain risque, mal évalué par les labos qui les commercialisent. Notamment à long et moyen termes. Cependant, on sait que les risques sont majorés avec des doses fortes d’hormones (c’est pourquoi les laboratoires planchent sur des formules de moins en moins dosées!) et avec un temps d’exposition prolongé. Même principe qu’avec le tabac, l’amiante...


Hélène Hodac

Hélène Hodac est journaliste « nexialiste » professionnelle depuis dix ans, spécialisée en santé et nutrition. Adepte d’une approche systémique, voire d’une vision holistique de la médecine, elle explore pour son compte les pratiques énergétiques et les médecines non conventionnelles.



[1] Xénobiotiques : substances étrangères à l’organisme possédant des propriétés toxiques, même à très faible dose.

[2] Les minis d’il y a trente ans restent dans l’esprit de certains médecins comme « minidosées », ce qu’elles ne sont plus du tout (Minidril, Miniphase…)

[3] Source INED : www.ined.fr

[4] Par Guy Macy, d’après Bloomberg et une analyse Pharmactua

[5] Source : martinwinckler.com

[6] Yankers K.A. Brown C., Pearlstein T.B., Foegh M., Sampson-Landers C., Rapkin A. « Efficacity of a new low-dose and contraceptive with drospirenone in Premenstrual Dysphoric Disorder », Obstettrics Gynecology, vol. 106, no 3, sept. 2005, p. 492-501.

 
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