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Cancer
et refoulement émotionnel
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Selon le point de vue mécaniste, le cancer résulte de dommages
à l’ADN cellulaire par des substances nocives : le tabac,
une mauvaise alimentation, etc. Si cela demeure exact, on est en droit
de se demander pourquoi par contre certaines personnes, malgré
de mauvaises habitudes de vie, ne développent pas un cancer. Pourquoi
tous les fumeurs ne sont-ils pas atteints d’un cancer des poumons
par exemple? Pourquoi toutes les femmes ménopausées à
qui on a donné pendant des années des hormones provenant
de l’urine de juments enceintes n’ont pas développé
un cancer du sein?
L’ADN doit avoir subi dix lésions pour entrer en phase d’initiation
de cancer. Là où ailleurs dans le corps, ces lésions
primaires peuvent n’être que temporaires et être carrément
éliminées par la régénérescence de
l’ADN ou la mort cellulaire (apoptose). Si par contre cela n’a
pas lieu, les phases ultérieures de changement cellulaire en cellules
malignes, soit la promotion et la progression évolueront vers la
formation d’une tumeur. Pourquoi, lorsque les conditions perdantes
que l’on considère comme étant cancérigènes
sont réunies tel que mentionné plus haut, les cellules ne
sont-elles pas toujours en activité anarchique? Il semble justement
que l’état psychologique d’un individu fasse la différence.
On croyait autrefois que les centres immunitaires n’étaient
influencés que par les hormones. Or, on sait aujourd’hui
qu’ils sont abondamment pourvus de nerfs. Il y a donc une étroite
communication entre le cerveau et le système immunitaire. Les glandes
qui produisent les hormones sont aussi directement reliées au cerveau
qui communique avec les glandes par un langage propre au corps. Voyons
ce qu’en pense le Dr Marc E. Lippman, chef de la division sur le
cancer du sein à la direction médicale du National Cancer
Institute, à Bethesda, au Maryland : « Le système
endocrinien humain fournit un médiateur d’interaction crucial
entre la psyché et la tumeur (…) il semble incontournable
que des facteurs psychiques puissent provoquer des changements endocriniens
qui auront des effets sur la biologie de la tumeur ». 1(Levy, Behavior
and cancer, op. cit, p. 146-147)
Une étude réalisée en 1999 sur l’influence
des effets psychologiques sur le cancer du poumon 2(J.K. Kiecolt-Glaser
et R. Glaser, Psychosomatic Medecine, vol. 61, 1999, p. 271-272)
a démontré que le système immunitaire (les lymphocytes)
de patients psychiatriques fortement dépressifs n’arrivait
pas à régénérer l’ADN atteint après
une exposition aux rayons X. Le stress chronique, le refoulement de la
colère lors d’un état dépressif, diminuent
l’activité des cellules NK, les Natural Killers,
qui défendent le corps contre le risque de développement
d’une anarchie cellulaire. 3(W. Jung et M. Irwin, Psychosomatic
Medecine, vol. 61, 1999, p. 263-270). Les conclusions d’études
sont nombreuses.
Une étude britannique 4(S. Greer et T. Moris, Phychological
attributes of women who develop breast cancer) est aussi arrivée
à la conclusion que le refoulement extrême de la colère
est une caractéristique souvent observée chez les victimes
de cancer du sein. Cent soixante femmes devant subir une biopsie du sein
ont répondu à un interrogatoire psychologique serré.
Les chercheurs ont constaté une association significative entre
« le diagnostic de cancer du sein et un pattern d’expression
anormale des émotions qui persiste pendant toute la vie adulte.
Dans la plupart des cas, ce pattern consistait en un refoulement extrême
de la colère et, chez les patientes de plus de 40 ans, un refoulement
extrême d’autres sentiments ». 5(Quand le corps
dit non, Dr Gabor Maté, Éditions de l’homme).
Une autre étude 6(M. Wir S. Ching, Psychological Identification
of breast cancer patients before biopsy, 1982) est arrivée
sensiblement à la même conclusion. Dans cette étude,
les chercheurs ont prédit la présence de cellules cancéreuses
avant la biopsie dans 94% des cas en s’appuyant uniquement sur des
facteurs psychologiques :
- enfance marquée par l’éloignement émotionnel
dans leur rapport parental ou d’autres perturbations ;
- refoulement des émotions encore une fois, particulièrement
la colère ;
- manque de relations sociales chaleureuses à l’âge
adulte ;
- comportement compulsivement altruiste. 7(Quand le corps dit non,
Dr Gabor Maté, Éditions de l’homme).
Lors de cancer, on constate que la réponse immunitaire est affectée.
Pourquoi le garde du corps est-il K.O. ? À cause d’une
attaque physique, biologique, chimique ou encore psychologique?
« Certaines expériences ont également examiné
le rôle du stress dans l’incidence des tumeurs. Vernon Riley,
du Fred Hutchison Reasearch Center à Seatle, dans l’État
de Washington, a entrepris des recherches dans ce domaine. Il a soumis
des souris de laboratoire à toute une gamme de stress, y compris
l’isolation et le surpeuplement, après qu’on les eut
sevrées de mères porteuses d’un virus susceptible
d’entraîner une tumeur mammaire. À la suite d’une
série d’expériences, Riley a démontré
que l’incidence des tumeurs mammaires chez leurs rejetons pouvait
augmenter jusqu’à 90 pour cent en présence d’un
stress, alors qu’elle demeurait à 7 pour cent dans un environnement
protégé. Riley a émis le commentaire suivant au sujet
de sa recherche : « Ces données suggèrent qu’un
stress chronique et modéré ou un stress intermittent peuvent
prédisposer de telles souris à un risque accru de carcinome
mammaire, possiblement à cause d’une atteinte à leur
système de défense immunitaire ou de surveillance des tumeurs,
et qu’une protection adéquate contre le stress physiologique
peut réduire l’apparition de tumeurs mammaires chez les souris
» (Riley, 1975) » 8(Le pouvoir de se guérir ou
de s’autodétruire, Dr Kenneth R. Pelletier, Québec
Amérique).
La référence de Riley à la réduction du stress
physiologique a cependant plusieurs volets, soit :
- un bon environnement psycho-social ;
- un nutrition adéquate comportant une grande quantité de
fruits, de légumes, de fines herbes antioxydantes, une réduction
des mauvais gras, etc. ;
- un poids santé ;
- un sommeil réparateur ;
- de l’activité physique
- être non-fumeur ;
- ne pas abuser d’alcool, etc...
La vision globale des choses nous amène à constater que
plusieurs facteurs et processus sont au rendez-vous lors du développement
d’un cancer. On pourrait parler ici d’un point de vue biopsychosocial.
L’épidémiologue Elizabeth Maunsell s’est intéressée
à l’influence du stress sur le cancer du sein. Après
son doctorat en sociologie, elle a poursuivi ses travaux et, en 1995,
elle a publié une étude dont les conclusions ont été
qualifiées de spectaculaires : sept ans après un cancer
du sein, le taux de survie des femmes est de presque 30 pour cent plus
élevé si elles ont eu un confident pendant les premiers
mois qui ont suivi le diagnostic. Elles ont pu communiquer, ont été
réconfortées. Elle ne se sont pas senties isolées.
Elles ont reçu de la chaleur humaine. Qui a-t-il de plus précieux?
et de plus rare, suis-je tentée d’ajouter!
Toujours d’après Elizabeth Maunsell, les données montrent
qu’il n’existe aucun lien entre le nombre et la gravité
des événements stressants survenus dans les cinq
dernières années précédant un diagnostic de
cancer du sein et le risque de mortalité dans les sept années
qui suivent le diagnostic. « Nos résultats ne signifient
pas qu’il n’existe pas de lien entre le stress et l’apparition
d’un cancer, précise-t-elle. On n’a pas d’information
là-dessus. Par contre, le fait d’avoir vécu de nombreux
événements stressants ne semble pas affecter les chances
de survie des femmes qui ont eu un cancer du sein. » Comment réagit-on
à ces événements stressants? Là semble résider
une importante clé qu’il faut toujours identifier dans un
interrogatoire psychologique serré, et pourquoi ne se soucier que
de quelques années dans la vie d’une femme…
Il est important de revenir à la définition première
du mot stress utilisé au départ, soit la résistance
à une pression. Pour l’humain cela se joue dans l’attitude
ou encore « le lâcher prise » ou la faculté d’adaptation.
Pour diverses raisons biopsychosociales liées au mode de vie et
à l’histoire de vie de la personne, un stress devenu excessif
excèdant donc les capacités de la personne et donc par conséquent
de l’organisme d’y répondre, fera en sorte que l’élastique
casse. Un état de perturbation, de non-harmonie du milieu interne
normalement stable s’installe et cela peut être si grave que
le système immunitaire, notre garde du corps, en soit
paralysé. Hans Selye qui le premier a découvert et décrit
les mécaniques du stress, a écrit : « On peut dire
sans hésitation que les plus importants facteurs de stress pour
l’homme sont d’ordre émotionnel. »
Johanne Verdon, ND.A.
ANAQ
Référence
:
1. Levy, Behavior and cancer, op. cit, p. 146-147.
2. J.K. Kiecolt-Glaser et R. Glaser, Psychosomatic Medecine,
vol. 61, 1999, p. 271-272.
3. W. Jung et M. Irwin, Psychosomatic Medecine, vol. 61, 1999,
p. 263-270.
4. S. Greer et T. Moris, Phychological attributes of women who develop
breast cancer.
5. Quand le corps dit non, Dr Gabor Maté, Éditions
de l’homme.
6. M. Wir Sching, Psychological identification of breast cancer patients
before biopsy, 1982.
7. Quand le corps dit non, Dr Gabor Maté, Éditions
de l’homme.
8. Le pouvoir de se guérir ou de s’autodétruire,
Dr Kenneth R. Pelletier, Québec Amérique.
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